L'auteur

Titulaire d'un Doctorat en philosophie et d'une maîtrise en histoire, l'auteur est restée fidèle à ses deux «initiateurs» en philosophie, Nietzsche et Kierkegaard, mais admire tout autant Spinoza, Russell...
Marie-Pierre Fiorentino

dimanche 29 mars 2015

De l’inspiration.


 « Ni vu ni connu
Hasard au génie ?
À peine venu
La tâche est finie. »

Paul Valéry, Le Sylphe
dans Charmes.


            Je fais confiance au poète ironique, à l’artisan lucide mais bien peu à l’inspiration censée être « influence divine ou surnaturelle par laquelle l’homme aurait la révélation de ce qu’il doit dire ou faire.» Le dictionnaire définit les mots existant, pas la réalité.
            « Idée soudaine » propose-t-il aussi.  Impérieuses lorsque je ne suis pas outillée pour les noter, des bribes d’expression au destin volage m’abandonnent vite. Quand je cède à leur tentation, ces évocations mal nommées s’aventurent rarement à portée de phrases pressées de figer l’ombre d’une ébauche. L’idée ne se déploie que dans les miroirs de la réflexion. Quant à l’« enthousiasme créateur de l’artiste » quelle mesquinerie ! Même les théories, prose mathématisée des savants, sont étymologiquement des visions des dieux comme l’enthousiasme est le transport divin.
            Mais ces déesses, les Muses, sont-elles rien d’autre que le mot forgé pour ce dont, par impuissance ou par sagesse, nous conservons le mystère ?
            J’ai déclaré à la mienne, à mon ami de cœur - ce n’est pas une faute d’accord mais la faute de la langue sexuée – qu’elle m’inspirait. « Inspiration : action de faire pénétrer l’air dans ses poumons. » Légère quand elle est spontanée, étourdissante provoquée par la cadence de sa voix jusqu’à la chamade. Puis j’expire pour retrouver mon propre souffle.
            Inspiration. Sublimation chimique et psychanalytique. Transfiguration mais surtout pas autofiction stérile.
            Naît-on muse ou le devient-on sous l’éclat d’un regard amoureux ? Je taquine ma muse.

Le Garn, mars 2015