Marie-Pierre Fiorentino

lundi 13 mars 2017

Lucidité du rêve.


La curiosité pour le cinéma de mes rêves m’endort. Leur film tiendra-t-il ses promesses ?
Des personnages, connus, inconnus, entrevus, peuplent des décors chimériques. Traversées furtives, récurrences, situations mouvantes comme des sables où je mourrais si mon propre cri ne me réveillait pas.
Derrière un cadre familier, d’autres espaces se dévoilent. Je suis ébahie qu’ils aient été si proches à mon insu. Des portes s’ouvrent, s’ouvrent comme dans une scène tournée par Hitchcock vers des possibles qui me font revivre après mon apnée aux barreaux du réel.
« Mais ce ne sont que des images ! »
Des images seulement, ces tableaux à la prégnance diurne ? Je flotte, dans leur sillage, enveloppée de bien-être ou dois au contraire lutter contre le malaise persistant de n’avoir pu échapper à un drame. L’image à laquelle l’imaginaire donne sens acquiert du pouvoir.



Intermède

Le 10 novembre 1619, après une journée consacrée à lutter contre ses propres préjugés, l’esprit de Descartes connaît une exaltation croissante. Il s’endort encore empli de toutes ses réflexions et va faire trois songes successifs (« songes » est le mot qu’il emploie). Après l’épouvante que lui inspire les deux premiers, interprétés  durant l’insomnie qui suit, il s’enivre de la douceur du dernier.
Se souvenant toujours de cette nuit « enthousiaste », le philosophe la place au fondement de sa détermination à consacrer sa vie exclusivement à la science.  




Mais voilà que je songe aussi éveillée. Je laisse dériver ma pensée dans un élan où le consentement à l’évasion libère mon imaginaire et n’a rien à envier à mes nuits.
Cette fiction que j’ai conçue le jour presque comme un projet et que mon sommeil mettra peut-être en scène comme une folie est l’occasion d’un paradoxe : si la vie n’est qu’un songe, c’est parce que les rêves finissent par tisser la réalité.



Le Garn, mars 2017.