Marie-Pierre Fiorentino

vendredi 20 avril 2012

Lecture intempestive.

Je révélais récemment à une classe que je ne lisais pas d’auteurs contemporains mais seulement des morts. Stupeur louable : comment être informée de l’actualité de la recherche ? Je précisais illico que je ne parlais évidemment que des romanciers. In petto, pourquoi, pensant « romans », avais-je prononcé « livres » ?
Puis je mis ces élèves, mi-amusés, mi-choqués, au défi de trouver dans ma bibliothèque un titre signé d’un vivant, mis à part quelques cadeaux à peine feuilletés. Chez moi, mes yeux quémandèrent aux rayonnages croulant une confirmation qui ne vint qu’à demi. Car j’ai lu quelques nouveautés qu’on m’a offertes et qui ont su me séduire. Mais surtout, les Sagan, Duras, Troyat, Yourcenar, Aragon et autres Sartre étaient tous vivants quand je les ai découverts.
Suis-je donc coupable de rester aveugle aux romanciers de mon temps ou sont-ils, eux, responsables de ne pas me donner envie de les lire quand je parcours leurs ouvrages ou les entends s’exprimer ?
De mon temps ? Mais la bonne littérature n’est-elle pas de tous les temps ?
Convaincue que la mode est mauvaise conseillère, j’ai la lecture intempestive.
Cette petite provocation m’a donné envie de relire Yourcenar.

Le Garn, avril 2012