L'auteur

Titulaire d'un Doctorat en philosophie et d'une maîtrise en histoire, l'auteur est restée fidèle à ses deux «initiateurs» en philosophie, Nietzsche et Kierkegaard, mais admire tout autant Spinoza, Russell...
Marie-Pierre Fiorentino

mardi 22 septembre 2015

On n’est jamais si bien servi - ou pas - que par soi-même.


Fable
À ma Muse


Le mage : Prononce un vœu, je l’exaucerai.
- Fais-moi vivre la plus troublante histoire d’amour. Dans nos rares étreintes, la pression de ses bras autour de ma taille et de mes épaules nous unirait mieux, cœur à cœur, qu’une pénétration.
Le mage : Même pas un baiser ?
- Nos langues jouiraient de l’essentiel, nos pensées. Ou alors ses doigts entrelacés aux miens.
Le mage : Et tu as lu ces mièvreries dans Platon ?
- C’est toi qui parle d’amour platonique. Non, je lirais mon désir dans son regard impitoyablement plongé dans le mien éperdu. Je te demande juste : ne change rien à ma vie actuelle mais transcende-la par le secret de cette liaison.
Le mage : Si je t’exauçais, tu serais bientôt désespérée de ton choix insensé.
- Les amants lassés le sont de ne l’avoir pas fait.
Le mage : Ah, ah ! Ton idéalisme n’est donc que le masque de ton pessimisme.
- Crois-tu qu’une pessimiste pourrait goûter le plaisir d’une intonation inattendue, d’un effleurement involontaire ? D’ailleurs, une pessimiste t’ignorerait comme une misérable illusion.
Le mage : En tout cas moins démesurée que ton souhait. Et que lui offrirais-tu en échange ?
- La certitude que le savoir exister m’anime et le regarder être me guide. L’empreinte dans mon quotidien, durant ses longues absences, du vide béant qui me comblerait pourtant comme un écho de sa personne. Je lui offrirais la contemplation de l’inconnu qu’il était encore pour lui dans le miroir du nous. Je n’aurais besoin qu’il me sauve de rien mais plutôt qu’il me perde pour que je me trouve...
Le mage : Assez, j’ai compris. Tu ne poursuis que l’évanescence pour t’enivrer de mots.
- Tu es probablement de ceux pour qui l’expression flatum vocis, souffle de voix, est péjorative. Mais comme le souffle de vie – anima, écoute ces notes – le verbe naît du réel pour en créer à son tour.
Le mage : Ton imagination passe mes pouvoirs. Pour le rêve, tu n’as pas attendu de me rencontrer. Pour sa réalisation, vois directement avec lui.


Le Garn, mai 2015.