L'auteur

Titulaire d'un Doctorat en philosophie et d'une maîtrise en histoire, l'auteur est restée fidèle à ses deux «initiateurs» en philosophie, Nietzsche et Kierkegaard, mais admire tout autant Spinoza, Russell...
Marie-Pierre Fiorentino

mercredi 19 octobre 2011

Un coup de marteau sur une nouvelle idole.

« La légitimité totalitaire ( … )
accomplit la loi de l’Histoire ou de la Nature (... ) »
Hannah Arendt, Le système totalitaire.

Je hais l’idée de nature. L’idée, c’est-à-dire toutes ses représentations illusoires, sa personnification en un être parfait et doué d’intentionnalité.
L’idée de nature est l’alibi des homophobes. Elle est le plus efficace moyen d’oppression de la femme, depuis la glorification de l’instinct maternel jusqu’au retour en grâce de l’allaitement. Elle a été l’argument du nazisme et reste le levier de tous les racismes. La nature aurait créé des races hiérarchisées, elle aurait destiné les femmes aux soins des enfants, elle aurait inventé la sexualité pour la reproduction.
L’animal, qui n’a rien demandé à personne, se trouve là érigé en modèle. On dit « dans la nature, les mères s’occupent de leurs petits. » On généralise comme s’il y avait un fonctionnement uniforme des espèces. Alors les sexistes citent en exemple le dévouement des femelles mammifères tandis que les progressistes vantent le partage des tâches chez les pingouins. Mais lesquels, au nom de la nature, accepteraient de suivre l’exemple de la femelle se débarrassant irrévocablement du petit handicapé, du petit trop chétif, du petit en trop pour la quantité de lait dont elle dispose ? Heureusement que l’idée de nature trouve des limites dans la culture.
Mais les idéologues de la nature s’empêtrent dans des contradictions qui prêteraient à sourire si elles n’étaient pas si lourdes de conséquences. On se souvient d’Hitler végétarien, probablement par respect pour les animaux. Le respect, voilà le cheval de bataille de ces idéologues. Dans leur délire, ils simplifient jusqu’à la caricature la « Nature » et se placent au cœur de celle-ci comme arbitres des valeurs. Or, ce qu’ils exigent, c’est que l’on se soumette au mode de vie qu’ils prônent et cherchent à rendre inattaquable en le fondant sur un socle soi-disant universel. Car leur idéologie conçoit la nature comme ordonnatrice aux deux sens du terme : elle donnerait des ordres et aurait établi un ordre. Affirmer que la nature veut telle chose ou interdit telle autre, c’est l’instrumentaliser pour dominer. D’autres utilisent l’idée de Dieu.
Pourtant, la nature ne produit, en elle-même, aucune valeur. Elle acquiert celle que l’homme lui accorde. Or, ce dernier, après l’avoir largement exploitée et détruite s’imagine arrêter les dégâts en la déifiant. La nature en tant que matière reste méprisée, maltraitée. Elle est au plus haut point adulée en tant qu’idée. Le problème est qu’elle n’a d’existence réelle que matérielle.
Comment, alors « sauver la nature » ? En détruisant l’idole que nous en avons fait. La nature ne doit pas être une idée car elle est une réalité, la seule dont dépend la vie.

Le Garn, été 2011