Marie-Pierre Fiorentino

mercredi 10 août 2011

Je n’ai pas pris de photos.

« Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, le nez… »
Christophe Paliard, auteur de Voltaire en son château de Ferney, est présenté au début de cet ouvrage comme « philosophe et voltairiste. » Et moi qui m’imaginais modestement, pour avoir consacré un mémoire à la politique de Voltaire dans ma jeunesse, un peu voltairienne ! Au fait, pourquoi voltairien plutôt que voltairiste ? Peut-être parce que –iste associe encore une fois deux ennemis que la République, au Panthéon, et Hugo, dans une chanson, avaient déjà rapprochés à leur mémoire défendant. Qu’importe ! Ces suffixes expriment admiration et ralliement. Ils sont la descendance intellectuelle des philosophes. Pourtant, quel orgueil aurait éprouvé Voltaire d’en avoir une double, quand son adversaire doit se contenter des rousseauistes.

Comment le prendre ?
Je lis dans le très sérieux bulletin des activités nautiques sur le Lac Léman que pour devenir un pêcheur adhérent, il faut verser une cotisation de 93 euros. Pour les femmes, 30 euros suffisent. Je m’indigne de cette discrimination mais ma moitié tente de me rassurer : peut-être est-ce une mesure incitative en faveur d’un sexe moins pêcheur que l’autre ; en quelque sorte ce que les quotas sont à la parité en politique.
Alors, la femme en 2011, un pêcheur comme les hommes ou encore une pécheresse ?

Au départ du belvédère.
Il descendait vers le port en sweat rouge. Une première cage d’escalier l’avala brusquement, puis un talus. Il se releva de ces naufrages, réitérés comme les verres bus, en tendant la main vers une rambarde ou en agrippant une touffe d’herbe. Mais jusqu’où peut-on aller dans un corps chancelant qui a vaincu la volonté d’être lucide ?
L’instant d’après, une très jeune fillette suivait dans un silence attentif le roulement du funiculaire, bien en équilibre sans même se cramponner à la barre, le regard sérieux sous le crâne nu de ceux que la chimiothérapie tente de sauver. Je ne recroiserai probablement jamais cette enfant mais pourvu que ce soit seulement parce que nous n’emprunterons plus ensemble le même chemin.

Ciel gris et bise fraîche à Abondance.
Allait-il pleuvoir ? Assise sur un banc de l’abbatiale, je me laissais transporter par la pénombre. Les Temps Modernes… Avant encore, le Moyen Age… Entre ces murs épais, parmi ces œuvres d’art accumulées jusque dans les replis des transepts et du déambulatoire, écoutant la musicalité latine des sermons sortis de la bouche des prêtres aux chasubles rutilantes, les fidèles étaient émerveillés. Comme ce fugace rayon de soleil que je vis un instant faire éclater de couleurs le vitrail au dessus du chœur, le miracle devenait ici possible.
Les premiers philosophes critiques de la religion ont dû éprouver cette même empathie. Mais la philosophie anti-religieuse a pris tant de visages qu’on a oublié qu’elle est sans doute née d’un sentiment non pas destructeur mais au contraire d’une grande compassion. « N’ayez plus peur sans Dieu et espérez en vous » disait-elle sans être comprise. Spinoza a le mieux incarné cette philosophie, qui n’a rien promis et surtout pas d’utopie.

Ça n’a rien de philosophique…
Vu à la devanture d’une pharmacie de Genève : « Pilule contraceptive – 15%. »
Vu à l’entrée du Casino d’Évian : « Cet établissement est équipé de défibrillateurs. »
… quoique, les rapports entre l’argent et le progrès médical…

Armoy, 4-10 août 2011.