Marie-Pierre Fiorentino

mercredi 4 mai 2011

Le médecin des angoisses

- Je n'ai jamais été léger. Le sérieux accable ma vie.
- Tu as quand même été un enfant.
- Un enfant ! Dis plutôt un exutoire sur lequel les adultes se déchargeaient de leurs blessures morales. Cette manie de s'épancher sous prétexte que les enfants ne comprennent pas.
- Tu as donc beaucoup souffert ?
- J'ai encore mal. Je ne sais ni jouer ni rire dans un éclat profond, innocent, sans arrière-pensée. Est-on donc condamné à ce fardeau de l'enfance ? A ces chaînes psychologiques ? Je me demande parfois qui j'aurais été si mon départ dans l'existence avait été différent ?
- Pense à autre chose.
- À quoi ? À l'arrivée ? La mort me fait si peur ! Cette échéance sur la ligne de ma vie crée une angoisse pire que le poids de mon départ râté.
- En effet, tu souffres. Ces pensées t'obsèdent sans cesse ?
- Non. A leur paroxysme, je suis pris de panique. Alors je m'enfonce dans le présent.
- Et tu y es bien ?
- Oh oui ! sitôt que j'ai quitté les autres temps.
- Tu vois finalement que toi aussi, tu peux être léger, grâce à la mort.

* Le Garn, le 4 mai 2011 *